L'ascenseur social par le travail

Dernière mise à jour : 20 janv.

Dans une crise où les portes sont fermées aux jeunes les plus en difficultés, l’égalité des chances sera à n’en point douter l’une des causes à défendre. Donner les mêmes opportunités à un jeune des cités, à une habitante des campagnes ou à un enfant des grandes villes, c’est un défi qui est en mesure de souder les générations et les classes sociales. Il est donc heureux qu’à l’occasion d’une visite à l’institut régional d’administration de Nantes, Emmanuel Macron, ait exprimé le souhait de diversifier la haute fonction publique et les élites françaises en ouvrant des classes préparatoire égalité des chances et en proposant une allocation aux boursiers pour qu’ils saisissent leur chance. Ces gestes, pour louables qu’ils soient, sont cependant bien limités au regard du blocage de notre ascenseur social.

Mettre l’accent sur l’ENA ou sur les sphères dirigeantes, c’est parler du dernier étage du système pour mieux en dévaloriser les autres. A prétendre faire rêver le « bas » en parlant du « haut », on dévalorise la gamme de réussites intermédiaires dont notre pays a tant besoin. Notre société s’est tertiarisée et le modèle que l’on offre à la jeunesse, c’est l’emploi de bureau, des grands centres villes avec de beaux costumes bien taillés. Le résultat, c’est que la population de cadres a explosé, passant de 8 % dans les années 1980 à 20 % aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un progrès. Il s’agit de l’effet de la vague terrible de désindustrialisation que nous avons connu, le nombre d’emplois industriels étant passé de 6 millions à 3 millions en trente ans. La France a assez de cadres comme ça. Elle perd cependant ses chercheurs qui vont aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Elle perd ses ingénieurs qui partent vers la finance. Elle perd ses emplois d'ouvriers et de techniciens transférés de plus en plus vers la Chine.


Inciter les jeunes à devenir fonctionnaire, c’est aussi les pousser vers un statut – et non un métier – et méconnaître la diversité de leurs aspirations. Un statut est décisif lorsqu’il s’agit d’une garantie contre l’arbitraire politique comme pour les magistrats, des professeurs ou les personnes contrôlant l’action de l’Etat. Le statut est une chose noble qui se comprend. Notre jeunesse voit cependant autour d’elle que la digitalisation de la communication et de l’économie permet à n’importe qui de réussir avec un téléphone portable et une idée originale. Elle permet à des gens qui commentent des jeux vidéos sur leur page YouTube de devenir millionnaires. Cela fait réfléchir nos jeunes qui se disent « pourquoi pas moi ? ». Ils veulent entreprendre et prendre des risques. Ils sont fascinés par la grande aventure des cryptomonnaies, de l’intelligence artificielle, de la robotisation. Il ne s’agit d’ailleurs d’une autre part de l’imaginaire de la France, pays qui a inventé la carte à puce, les avions, le cinéma ou la photo.

La solution ne consistera pas à créer un xième concours mais à encourager l’esprit pionnier qui est dans la mentalité de nos jeunes. Pour cela, nous devons tous nous retrousser les manches.

D’abord, libéralisons enfin l’accès au premier emploi, mettons fin aux lubies du « revenu universel » et du « RSA à 18 ans ». A peine majeur, on proposerait à un jeune d’être retraité, assisté, de vivre d’une pension aux frais du contribuable ? A-t-on trouvé pire pour encourager le travail et le sens du risque ? Le contrat première embauche (CPE) porté par Dominique de Villepin était bonne. Nous devons être prêts à réhabiliter l’idée d’un contrat de travail à durée indéterminée ouvert à tous les jeunes du pays, venus des cités ou des campagnes, qu’ils aient des origines africaines, françaises ou maghrébines. Cette ouverture, nous l’aurons par une période probatoire de deux ans où l’employeur pourrait mettre fin au contrat, mais où les droits du salariés augmenteraient avec le temps. C’est ainsi que nous pouvons donner aux jeunes la chance de faire leurs preuves, d’où qu’ils viennent. Qu’on les déconfine enfin de leurs appartements et de cette morne vie d’étudiant. Je précise que cette idée se ferait avec un salaire décent en contrepartie, parce que tout travail mérite salaire.

Pour accompagner les jeunes dans cet effort et leur ouvrir des pistes, nous devons créer un réseau de « volontaires du mérite » animé à partir d’agences pour l’égalité des chances, pour donner à tout jeune qui le souhaite un soutien par le mentorat. Quelqu’un qui vous guide, vous ouvre l’esprit et vous offre des expériences nouvelles : visiter une usine, rencontrer un boulanger, échanger avec un entrepreneur implanté à l’étranger. C’est la diversité des rencontres et des expériences qui donne envie d’aller de l’avant et de se projeter dans des métiers manuels. Pour soutenir un jeune qui a besoin de capital pour lancer son entreprise, nous devrons créer un fonds abondé par des contributions civiques (notamment des donations sur héritage) et par un produit d’épargne populaire. Aujourd’hui, il y a une conscience du besoin d’aide de notre jeunesse aujourd’hui.

Tous les jeunes Français ne rêvent pas d’être dirigeant, consultant ou cadre du tertiaire. Nombre d’entre eux veulent être techniciens, ouvriers, artisans, entrepreneurs. Notre pays manque d’une force de travail qualifiée à tous les étages de l’ascenseur social. Il a tant besoin de personnalités de caractère qui se forgent par le travail. Si nous voulons que le pays regagne en estime de soi et que notre jeunesse retrouve l’espoir, notre ascenseur social doit partir du rez-de-chaussée. Il doit encourager le sens du travail et la prise de risque. Voilà ce qui peut faire rêver notre jeunesse.

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