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Pour la maîtrise des frontières migratoires

Dernière mise à jour : 20 janv. 2022


Déconfinement et vaccination font souffler un vent de liberté en France, mais nous ne devons surtout pas oublier la leçon de la crise : faute d’avoir su maîtriser leurs frontières et produire assez de masques et de tests, les Français ont dû se confiner chez eux et attendre bien sagement la délivrance. Autrement dit : à vouloir se passer de frontières, on les retrouve à sa porte !

Certes, aujourd’hui les Français sont soulagés de retrouver les musées, les terrasses et les voyages. Ils veulent sortir de la crise et retrouver la liberté d’aller et venir. Il est à cet égard symptomatique que le passeport sanitaire, qui permettra aux citoyens de l’Union européenne (UE) de voyager librement sur le continent à partir du 1er juillet, soit plébiscité par près de 60 % des Français selon un sondage Ipsos.

Loin d’un « monde d’après » fait de limitation des déplacements, d’un ré-enracinement villageois très largement fantasmé et de frontières apaisées, les Français inclinent à retrouver le « monde d’avant », celui des déplacements et du commerce. Plutôt qu’une conversion à la « sobriété heureuse » chère aux décroissants, ils semblent souhaiter le retour de la « mondialisation heureuse ». Confinement, jauges, frontières : après le monde fermé, ils veulent retrouver un monde ouvert. L’envie de libération est naturelle après cette période de privation. Elle présente cependant le risque de mettre sur notre chemin l’idéologie « sans-frontiériste » qui poussera à la reprise des échanges et de l’immigration sur l’autel de l’argument imparable à venir : la sortie de crise. Nous ne devons pas oublier trop vite les dangers du sans-frontiérisme, idéologie battue en brèche par la crise du Covid.

« Le sans-frontiérisme nous fragilise aussi dans la crise identitaire que nous vivons »

Dénoncée par Régis Debray dans L’Éloge des frontières, cette illusion découle selon lui de « l’idée bête qui enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières ». Emmanuel Macron, dans son allocution du 12 mars 2020, trois jours avant le Grand confinement, défendait cette idée. Il appelait les Français à renoncer au « repli nationaliste » que matérialiserait le retour aux frontières nationales. Pourtant, le 15 mars, suivant la politique adoptée par l’Allemagne, la France rétablissait les contrôles. Cette contradiction à trois jours d’intervalle montre que face au virus, c’est le sans-frontiérisme qui expose et la frontière qui protège. Il ne manque pas de sel de relire Emmanuel Macron nous assurer que « le virus n’a pas de passeport » alors que nous nous préparons à instaurer le passeport sanitaire… Si on laisse passer une personne vaccinée et qu’on refoule celle qui ne l’est pas, c’est bien que le virus a lui aussi un passeport !


Le sans-frontiérisme nous fragilise aussi dans la crise identitaire actuelle. La« Nation-archipel » décrite par Jérôme Fourquet, où les communautés se replient sur leurs origines ethniques ou leurs religions est le résultat auquel mène l’essoufflement de notre modèle d’intégration et d’assimilation dans un contexte de vague migratoire depuis plus de vingt ans. Alors que les immigrés sont concentrés dans les mêmes quartiers et revendiquent de plus en plus leurs origines, alors que nous ne parvenons pas à leur donner des perspectives et que nous avons tant de mal à partager avec eux notre culture, est-il raisonnable que les titres de séjour délivrés par l’État aient augmenté de +80 % depuis 2000 ? Nous ne devons donc pas revenir au sans-frontiérisme mais conserver l’acquis majeur de la crise du Covid qu’a été notre capacité à contrôler nos frontières.


L'indispensable maîtrise des frontières

Encore aujourd’hui, les entrées en France sont interdites à tout ressortissant non-européen sauf motif impérieux. Le rétablissement des frontières a eu pour effet de réduire de 20 % en 2020 les titres de séjour délivrés par l’État et de baisser le nombre de demandes d’asile de 40 %. Cela démontre que ce que les sans-frontiéristes disaient impossible est faisable à condition de changer les règles, d’utiliser les moyens dont nous disposons et de mener cette politique au niveau de l’Union européenne. Alors que le pays est économiquement vulnérable et culturellement divisé, la maîtrise des frontières est une option à construire pour ne pas retomber dans les errements du monde d’avant.

Si nous voulons durablement maîtriser les frontières, nous devons nous inspirer du modèle britannique post-Brexit : le système à points. Il permettrait d’adapter le profil des personnes accueillies en fonction des besoins économiques et selon la plus ou moins grande concentration communautaire. Couplée à un système de quotas, cette solution peut s’appliquer à l’immigration économique et familiale, quitte à réviser la Constitution si cela est nécessaire.

Pour ce qui concerne les demandes d’asile, l’enjeu est d’utiliser les moyens dont nous disposons grâce à notre réseau consulaire et d’ambassades, le troisième au monde. Il faut que les demandes d’asile soient formulées aux consulats de France, dans le pays d’origine ou dans un pays voisin mais qu’elles ne soient plus faites en France alors que la quasi-totalité des déboutés du droit d’asile restent dans le pays alors qu’ils sont sous le coup d’une obligation de le quitter.

« Cette découverte est importante alors que la crise identitaire derrière la crise sanitaire est réelle »

Comme le montre la crise du Covid, cette politique doit être menée au niveau européen. Près de 20 % des entrées dans l’UE ne donnent lieu à aucun contrôle approfondi, ce qui pose des questions quant à la coopération des polices aux frontières. Nous devons mieux cibler nos partenariats en aidant l’Italie, la Grèce et l’Espagne plutôt que le Royaume-Uni à Calais, et renforcer les moyens de l’agence Frontex.

La crise du Covid, pour destructrice qu’elle soit, a montré la capacité des États à maîtriser les frontières. Cette découverte est importante alors que la crise identitaire derrière la crise sanitaire est réelle. Il s’agit d’une leçon à tirer de la crise du Covid pour en finir avec le sans-frontiérisme qui, derrière des prétextes humanitaires, conduit les migrants dans des ghettos et met sous tension des peuples qui ont besoin de retrouver l’apaisement pour recouvrer leurs capacités d’accueil.

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